Plus de deux tiers (68 %) des fumeurs canadiens ayant réussi à passer au vapotage ont utilisé des arômes qui seront interdits, révèle une nouvelle étude.
Le rapport, publié dans la revue scientifique PubMed, a constaté qu’une personne sur cinq adultes canadiens ayant tenté d’arrêter de fumer entre 2020 et 2022 a utilisé une vape pour les aider. Le parfum le plus populaire était le fruit, choisi par 39,5 % des participants ayant adopté le vapotage.
Le Canada est sur le point d’imposer une interdiction nationale de tous les arômes de vapes, à l’exception du tabac, du menthol et de la menthe. Cependant, les nouvelles recherches suggèrent que cette mesure aurait un impact négatif sur les fumeurs qui essaient d’arrêter. L’étude a également révélé que les vapes rechargeables étaient plus couramment utilisées que les jetables.
Elle indique : « Une personne sur cinq adultes canadiens ayant tenté d’arrêter de fumer a utilisé un produit de vapotage nicotinique (NVP) lors de sa tentative la plus récente ; les arômes fruités et les cartouches ou pods pré-remplis étaient les plus couramment utilisés.
« 68 % des adultes canadiens ayant tenté d’arrêter de fumer ont utilisé des arômes qui seraient interdits selon la proposition de restrictions sur les arômes de Santé Canada. »
L’étude n’a trouvé « aucune différence » entre certains arômes ou types d’appareils quant à la réussite ou non des participants à arrêter de fumer.
Réduire l’attrait des vapes chez les fumeurs
Les chercheurs avertissent que restreindre les arômes pourrait réduire considérablement l’attrait du passage au vapotage pour les fumeurs, qui est bien moins nocif pour la santé. « La majorité de tous les adultes ont utilisé des arômes qui seraient interdits selon la proposition de restrictions sur les arômes de Santé Canada », indique l’étude.
« Cela soulève la possibilité de conséquences involontaires des politiques qui rendraient les NVP moins attrayants et satisfaisants en tant que substituts aux cigarettes, ce qui pourrait diminuer l’initiation et le maintien de l’utilisation des NVP par les adultes fumeurs envisageant de passer à un NVP. »
Les chercheurs soulignent également que les fumeurs qui essaient d’arrêter sans assistance sont beaucoup moins susceptibles de réussir.
L’étude déclare : « En raison des dangers du tabagisme, les professionnels de la santé devraient encourager les individus fumeurs à utiliser toutes les méthodes nécessaires pour arrêter de fumer. Pour ceux qui tentent d’arrêter sans assistance (c’est-à-dire « d’un trait »), le taux d’échec pour une tentative d’arrêt donnée est généralement supérieur à 90 %. »
L’étude a utilisé des données de l’enquête International Tobacco Control Four Country Smoking and Vaping Survey de 2022, qui a interrogé 1 771 adultes canadiens.
Le département gouvernemental Santé Canada avait d’abord promis de restreindre les arômes de vapes à la menthe, au menthol et au tabac en juin 2021, dans une démarche qu’il a qualifiée de visant à freiner une « augmentation rapide du vapotage chez les jeunes au Canada ».
« La disponibilité d’une variété de saveurs attrayantes est considérée comme ayant contribué à la hausse du vapotage chez les jeunes », a déclaré Santé Canada à l’époque, se référant à des recherches montrant que les jeunes sont plus susceptibles de commencer à vapoter avec des arômes fruités et sucrés.
Craintes de stimuler le commerce du marché noir
Alors que le gouvernement consulte depuis près de quatre ans sur une interdiction nationale des arômes, six provinces et territoires ont adopté leurs propres interdictions d’arômes. Il s’agit du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard, des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut et du Québec.
La ministre canadienne de la Santé mentale et des Addictions, Ya’ara Saks, a récemment déclaré que le retard dans les réglementations nationales était dû à des préoccupations selon lesquelles une interdiction des arômes ne ferait qu’alimenter le commerce du marché noir.
Sam Tam, président de l’Association canadienne du vapotage (CVA), a souligné que les fumeurs adultes comptent sur le vapotage comme une option moins nocive que les cigarettes et que les arômes facilitent la transition pour eux.
« Une interdiction générale des arômes ne fera absolument rien pour protéger les Canadiens, en particulier nos jeunes », a-t-il déclaré.
La CVA a averti en octobre qu’une interdiction des vapes aromatisées au Canada aurait des « conséquences dévastatrices pour la santé publique ».
Elle a déclaré dans un communiqué que la législation proposée sapait l’objectif du pays de devenir « sans tabac » (défini comme un taux de tabagisme inférieur à cinq pour cent) d’ici 2035.
