
De nombreuses recherches montrent que le vapotage peut aider les gens à arrêter de fumer et qu’il expose les utilisateurs à beaucoup moins de substances chimiques nocives que les cigarettes.
Mais ce n’est pas ainsi que l’histoire est comprise par le plus grand nombre.
Dans toute l’Europe et au-delà, la perception du public à l’égard du vapotage reste confuse et, dans de nombreux cas, de plus en plus négative. Les enquêtes suggèrent que de nombreuses personnes pensent désormais que le vapotage est aussi nocif que le tabagisme, voire plus.
Ce décalage n’est pas seulement une question d’incompréhension. Il peut influencer la décision des fumeurs d’essayer d’arrêter, la manière dont les professionnels de la santé conseillent les patients et la façon dont les gouvernements réglementent les alternatives à la cigarette.
Au cœur du problème se trouve le fossé qui se creuse entre ce que les faits démontrent et ce que les gens croient.
Ce que les preuves montrent réellement
Au cours de la dernière décennie, la recherche sur le vapotage et le sevrage tabagique s’est rapidement développée, avec des résultats qui concordent largement.
L’une des évaluations les plus complètes provient de l’étude Cochrane sur les cigarettes électroniques pour le sevrage tabagique, qui est largement considérée comme l’étalon-or en matière de synthèse des données. Sa dernière mise à jour a conclu que les vapes à la nicotine « augmentent les taux d’abandon par rapport à la thérapie de remplacement de la nicotine » et également par rapport au soutien comportemental seul.
Les données réelles vont dans le même sens. L’étude Smoking Toolkit Study en Angleterre, qui suit l’évolution du tabagisme dans le temps, a établi un lien entre l’essor du vapotage et l’augmentation des taux de réussite de l’arrêt du tabac au niveau de la population.
Les organismes de santé publique du Royaume-Uni sont également restés cohérents. L’Office for Health Improvement and Disparities affirme que le vapotage présente « une petite fraction des risques du tabagisme », tout en soulignant qu’il n’est pas sans risque.
Pris ensemble, ces résultats forment une image relativement claire : le vapotage n’est pas inoffensif, mais pour les personnes qui fument, le fait de passer complètement au vapotage est susceptible de réduire l’exposition aux substances chimiques nocives et d’améliorer les chances d’arrêter de fumer.
Une déconnexion croissante
Malgré cela, la compréhension du public semble évoluer dans la direction opposée.
Les données fournies par Action on Smoking and Health en Angleterre montrent que la perception de la nocivité relative s’est détériorée au fil du temps. En 2013, la majorité des adultes pensaient à juste titre que le vapotage était moins nocif que le tabagisme. Ces dernières années, cette proportion a fortement diminué, et une part croissante de la population pense que le vapotage est tout aussi nocif, voire plus.
Cette situation ne se limite pas au Royaume-Uni. Les enquêtes Eurobaromètre menées dans les États membres de l’UE révèlent une incertitude généralisée quant aux risques relatifs du vapotage, de nombreuses personnes interrogées étant soit incertaines, soit convaincues que les risques sont comparables à ceux du tabagisme.
Des analyses européennes antérieures suggèrent que les perceptions de la nocivité ont évolué de manière significative au fil du temps. Une étude a révélé que la proportion de personnes considérant le vapotage comme nocif est passée de 27,1 % à 51,6 % dans les pays de l’UE entre 2012 et 2014.
Des recherches liées à l’International Tobacco Control (ITC) et d’autres études menées dans plusieurs pays ont fait état de tendances similaires, un nombre croissant de personnes estimant que le vapotage est aussi nocif que le tabagisme, en dépit d’un nombre croissant de preuves du contraire.
En d’autres termes, l’écart ne se réduit pas au fur et à mesure que les preuves s’accumulent, il se creuse.
Incompréhension des professionnels de la santé
Cette lacune ne se limite pas au grand public. Une étude réalisée en 2026 par Martelle et al, publiée dans Internal and Emergency Medicine, a interrogé 700 prestataires de soins de santé afin d’évaluer leur compréhension des risques relatifs des produits du tabac et de la nicotine.
L’étude a révélé que si la plupart des personnes interrogées reconnaissent que les différents produits présentent des niveaux de risque différents, leur perception ne correspond pas aux données disponibles.
Les professionnels de la santé ont classé les cigarettes comme le produit le plus nocif, mais ont tout de même attribué des notes de risque élevées au vapotage, avec une note moyenne de 79,5 sur 100, contre 95,9 pour les cigarettes.
Plus étonnant encore, l’étude a révélé qu’environ la moitié des personnes interrogées ne pensaient pas que le fait de passer complètement de la cigarette à la vapoteuse pouvait réduire les risques pour la santé.
Les chercheurs ont conclu que « de nombreux professionnels de la santé ne disposent pas d’informations précises sur les risques relatifs des produits du tabac non combustibles et des produits à base de nicotine » et ont mis en garde contre le fait que cela pourrait affecter les conseils aux patients et les efforts de sevrage tabagique.
L’étude a également mis en évidence une certaine confusion quant à l’origine des effets nocifs du tabagisme. En moyenne, les personnes interrogées n’attribuent qu’environ 38 % du risque de cancer du poumon à la fumée du tabac brûlé, bien que la combustion soit largement reconnue comme le principal facteur de maladie liée au tabagisme.
C’est important. Si les cliniciens comprennent mal le risque relatif, les conseils donnés aux patients peuvent renforcer la confusion du public au lieu de la corriger.
EVALI et le pouvoir des premiers récits
L’une des explications de ce décalage réside dans l’impact durable des alertes sanitaires très médiatisées.
En 2019, une épidémie de lésions pulmonaires aux États-Unis, connue sous le nom d’EVALI (e-cigarette or vaping-associated lung injury), a déclenché une alarme généralisée. Au plus fort de l’épidémie, des centaines de cas ont été signalés et les gros titres ont fréquemment lié les lésions pulmonaires graves au vapotage de manière plus générale.
Toutefois, des enquêtes ultérieures menées par les centres américains de contrôle et de prévention des maladies ont révélé que l’épidémie était fortement liée à des produits illicites à base de THC contaminés par de la vitamine E acétate, plutôt qu’à des produits de vapotage standard à base de nicotine.

Lorsque cette distinction est apparue clairement, le récit initial s’était déjà répandu dans le monde entier.
Une étude de suivi a montré que la perception de la nocivité du vapotage a augmenté de manière significative après l’épidémie, y compris parmi les personnes qui n’utilisaient pas de produits de vapotage et dans les pays qui n’ont pas été touchés par les cas.
C’est un exemple clair de la façon dont des informations précoces et incomplètes peuvent façonner des croyances à long terme.
La persistance du « poumon de maïs soufflé » (popcorn lung)
Un schéma similaire peut être observé dans la couverture antérieure du « popcorn lung », une maladie rare connue sous le nom de bronchiolite oblitérante.
La maladie a été identifiée à l’origine chez des travailleurs exposés au diacétyle dans des usines de pop-corn à micro-ondes. Les premiers rapports des médias l’ont associé au vapotage, créant ainsi une association durable dans le discours public.
Si des traces de diacétyle ont été détectées dans certains e-liquides, cette substance chimique est également présente dans la fumée de cigarette à des concentrations beaucoup plus élevées. À ce jour, aucun cas confirmé de poumon de pop-corn lié au vapotage n’a été recensé.
Les études de santé publique ont toujours conclu que le risque est extrêmement faible et nettement inférieur à celui du tabagisme.
Et pourtant, l’association persiste, ce qui nous rappelle qu’une fois qu’une idée de risque s’est imposée, il peut être difficile de la déloger.
Sensibilisation, comportement et occasions manquées
Des recherches plus récentes suggèrent que même lorsque les initiatives de santé publique promeuvent le vapotage comme un outil pour arrêter de fumer, la prise de conscience peut être limitée.
Une étude réalisée en 2026 par Brose et al a examiné la connaissance du programme « Swap to Stop » en Angleterre, qui offre des vapes gratuites et un soutien comportemental aux fumeurs.
L’étude a révélé que seulement 24,1 % des personnes qui fumaient ou avaient récemment arrêté de fumer connaissaient l’existence de ce programme.
La sensibilisation n’était pas seulement informative, elle était liée au comportement. Les personnes qui connaissaient le programme étaient plus susceptibles de déclarer avoir utilisé des vapes lors d’une tentative d’arrêt du tabac.
Cela suggère que la communication joue un rôle essentiel. Les preuves seules peuvent ne pas suffire si elles n’atteignent pas les personnes qu’elles sont censées aider.
Le rôle de la recherche et des grands titres
Le paysage de la recherche lui-même peut également jouer un rôle. Les études établissant un lien entre le vapotage et les risques potentiels pour la santé font souvent l’objet d’une attention particulière, notamment lorsqu’elles portent sur des pathologies telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires ou les lésions organiques.
Certaines de ces études soulèvent des questions légitimes, notamment en ce qui concerne les effets à long terme. D’autres sont plus limitées, par exemple parce qu’elles s’appuient sur des données transversales ou qu’elles ne tiennent pas pleinement compte des antécédents tabagiques.
Ces questions sont importantes dans un domaine où la plupart des vapoteurs sont des fumeurs ou d’anciens fumeurs. Sans un ajustement minutieux, les études peuvent finir par attribuer au vapotage des maladies liées au tabagisme.
Dans le même temps, les résultats montrant des avantages, tels que l’augmentation des chances d’arrêter de fumer ou la réduction de l’exposition à des substances nocives, ont tendance à être moins médiatisés.
Ce déséquilibre peut influencer la perception. Au fil du temps, un flux constant de gros titres axés sur le risque peut donner l’impression d’une base de données plus solide ou plus sûre qu’elle ne l’est en réalité.
Messages contradictoires en Europe
Le cadrage politique ajoute une couche supplémentaire. Au Royaume-Uni, les autorités de santé publique ont généralement adopté une approche axée sur la réduction des risques, en présentant le vapotage comme un outil destiné à aider les fumeurs à arrêter de fumer.
Dans d’autres pays européens, les messages ont souvent été plus négatifs et plus prudents, mettant davantage l’accent sur les risques potentiels et les restrictions.
Les données de l’Eurobaromètre suggèrent que cette divergence peut influencer la compréhension du public, les pays adoptant des approches plus prudentes montrant souvent des niveaux d’incertitude plus élevés ou une perception erronée du risque relatif.
Pour les consommateurs, il en résulte un environnement d’information fragmenté, où coexistent, et souvent s’opposent, différentes interprétations d’un même élément de preuve.
Conséquences dans le monde réel
Les conséquences de cette lacune sont importantes. Le tabagisme reste l’une des principales causes de décès évitables en Europe, responsable de centaines de milliers de morts chaque année.
Si les fumeurs pensent que le vapotage est aussi nocif que la cigarette, ils seront moins enclins à changer de mode de vie, même si cela peut réduire leur risque.
Des données d’enquête montrent également que certaines personnes qui sont passées au vapotage déclarent avoir recommencé à fumer après s’être inquiétées de la sécurité.
Dans le même temps, les décideurs politiques prennent des décisions sur la manière de réglementer les produits de vapotage, souvent dans un contexte où l’inquiétude du public est grande et la compréhension inégale.

