L’interdiction des arômes pour le vapotage est associée à une augmentation de la consommation de cigarettes et des activités du marché noir, y compris le risque d’accès des jeunes et la réduction de la sécurité des consommateurs, selon un nouveau document d’orientation de la Fondation Tholos. Le rapport s’appuie sur une combinaison d’études universitaires, d’analyses politiques et de sondages auprès des consommateurs dans de nombreuses juridictions.
Il fait état d’un nombre croissant de juridictions qui mettent en œuvre ou envisagent de mettre en place des restrictions sur les produits de vapotage aromatisés. Aux États-Unis, près de 400 localités et sept États ont adopté une forme ou une autre d’interdiction des arômes.
Le rapport fait également état de pressions exercées sur la Commission européenne pour qu’elle harmonise l’interdiction des arômes dans les 27 États membres de l’UE dans le cadre de la prochaine révision de la directive sur les produits du tabac.
Suivre les preuves
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs autorités de santé publique affirment que les produits de vapotage aromatisés contribuent à l’adoption du tabac par les jeunes, ce qui a conduit à des demandes d’interdiction totale. Toutefois, le rapport de la Fondation Tholos fait référence à des études évaluées par des pairs qui suggèrent que les e-liquides aromatisés peuvent favoriser le sevrage tabagique chez les adultes.
Parmi les résultats cités :
- Une étude réalisée en 2021 a révélé que les fumeurs utilisant des arômes sucrés avaient 44 % plus de chances d’arrêter de fumer que ceux utilisant des arômes de tabac.
- Une étude Cochrane de 2022 a mis en évidence le fait que la variété des arômes favorise les efforts de sevrage à long terme.
- Une étude réalisée en 2023 par la London South Bank University a montré que des conseils personnalisés sur le choix des arômes permettaient d’augmenter de 55 % le taux de réussite de l’arrêt du tabac.
D’autres études citées dans le rapport font état d’éventuelles conséquences involontaires. Par exemple, une analyse a montré que les interdictions étaient en corrélation avec l’augmentation des ventes de cigarettes dans les zones réglementées. Une autre étude multinationale a révélé qu’en cas d’interdiction des arômes, 17 % des personnes interrogées recommenceraient à fumer et 28 % chercheraient des arômes auprès de sources non officielles.
Résultats de l’enquête auprès des consommateurs
La Fondation Tholos a chargé l’institut de sondage IPSOS d’interroger les vapoteurs dans les pays où l’interdiction des arômes est à l’étude (Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Slovénie) et dans les juridictions où l’interdiction est en vigueur (Danemark, Estonie, Californie). D’autres sondages ont été réalisés en Espagne, en France et en Irlande.
Principales conclusions des pays envisageant des restrictions :
- En Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Slovénie et en Suède, la plupart des vapoteurs ont indiqué qu’ils utilisaient le vapotage pour réduire ou arrêter de fumer.
- Dans chaque pays, une majorité considère les saveurs comme importantes ou très importantes dans leur décision de vaper. Cette proportion est de 90 % en Belgique et en Suède, de 83 % en Allemagne et de 80 % aux Pays-Bas.
- Les arômes de fruits, de menthe et de menthol sont les plus appréciés. Les arômes de tabac étaient moins populaires.
- En cas d’interdiction des arômes, de nombreux vapoteurs ont déclaré qu’ils recommenceraient à fumer, qu’ils se procureraient des arômes en ligne ou à l’étranger, ou qu’ils mélangeraient leurs propres liquides.
D’autres sondages ont révélé des tendances similaires :
- En Irlande, près de deux tiers des fumeurs actuels ont déclaré qu’ils fumeraient plus souvent si les arômes étaient interdits. Un cinquième des anciens fumeurs ont déclaré qu’ils recommenceraient à fumer. Près de la moitié d’entre eux ont déclaré qu’ils essaieraient d’obtenir des arômes en ligne.
- En Espagne, 86 % des fumeurs qui avaient arrêté de fumer ont déclaré que les produits aromatisés les avaient aidés à arrêter. Deux tiers d’entre eux ont indiqué qu’ils recommenceraient à fumer, qu’ils utiliseraient des arômes de tabac ou qu’ils chercheraient des alternatives en dehors des circuits réglementés.
- En France, 83 % des personnes interrogées ont déclaré que les arômes les avaient aidées à passer au vapotage, et 75 % ont déclaré que les arômes avaient amélioré leur expérience du vapotage.
Observations des juridictions ayant interdit les arômes
Dans les pays où l’interdiction des arômes a déjà été promulguée, le rapport fait état d’une utilisation continue de produits aromatisés par des moyens informels ou non réglementés :
- Au Danemark, 93 % des vapoteurs ont déclaré qu’il était facile de se procurer des arômes interdits. La moitié d’entre eux les ont achetés dans des magasins et 47 % se les sont procurés en ligne.
- En Californie, 85 % des vapoteurs ont continué à utiliser des arômes interdits, 60 % d’entre eux achetant localement et 56 % en ligne. 90 % des personnes interrogées pensaient que l’interdiction augmenterait la contrebande.
- En Estonie, la plupart des produits aromatisés ont été mélangés à la maison en utilisant des ingrédients provenant de marchés non réglementés. Le rapport fait état de préoccupations concernant les risques potentiels pour la santé, y compris une contamination similaire à l’épidémie d’EVALI aux États-Unis.
Préférences politiques des vapoteurs
Les personnes interrogées dans toutes les juridictions ont exprimé leur soutien à d’autres approches réglementaires. Dans tous les pays, plus de 80 % des vapoteurs sont favorables à des mesures autres que l’interdiction des arômes.
Les alternatives privilégiées sont les suivantes :
- Application plus stricte des restrictions d’âge
- Campagnes globales d’éducation du public sur le vapotage chez les jeunes
- Restreindre les ventes de produits aromatisés aux magasins ou canaux réservés aux adultes
En Belgique, aux Pays-Bas, en Suède, en Slovénie et en Allemagne, la majorité des personnes interrogées ont soutenu ces alternatives à l’interdiction pure et simple. Des tendances similaires ont été observées au Danemark, en Estonie et en Californie.
Le rapport conclut que les décideurs politiques devraient envisager des alternatives réglementaires proportionnées qui préservent l’accès aux produits aromatisés pour les fumeurs adultes tout en s’attaquant à la consommation des mineurs.
