Shopify a ordonné aux commerçants du monde entier de retirer tous les produits de vapotage de leurs boutiques en ligne, étendant ainsi la répression américaine contre les cigarettes électroniques illégales à une interdiction générale à l’échelle mondiale.
La société canadienne de commerce électronique a demandé aux vendeurs de retirer ces produits avant le 8 juillet, sous peine de voir leurs annonces suspendues ou leurs boutiques fermées, selon un avis consulté par Reuters et confirmé par Shopify.
Cette mesure s’applique à l’ensemble des produits de vapotage, et non pas uniquement aux appareils illégaux ou non autorisés aux États-Unis. Un porte-parole du procureur général de Californie, Rob Bonta, a déclaré à Reuters que cette décision s’appliquait à l’échelle mondiale.
Cela signifie que les détaillants légitimes opérant sur des marchés réglementés pourraient également être contraints de retirer des produits ou de transférer leurs activités vers une autre plateforme.
Les vendeurs ont été avertis que leurs boutiques pourraient être fermées
« En raison de l’évolution des restrictions légales relatives à la vente des systèmes électroniques de délivrance de nicotine (ENDS), Shopify ne prend plus en charge la vente de ces produits », indiquait l’avis publié le 24 juin.
Les commerçants ont reçu pour consigne de retirer tous les produits de vapotage de leurs boutiques en ligne avant le 8 juillet. L’avis précisait que tout manquement à cette obligation pourrait entraîner la suspension des produits ou la fermeture de la boutique.
Shopify a confirmé l’authenticité de ce message, mais n’a pas souhaité faire d’autres commentaires. Au début du mois de juin, l’entreprise avait déclaré à Reuters qu’elle interdisait toute activité illégale et qu’elle fondait ses décisions en matière d’application de la règle sur son évaluation des exigences légales en vigueur dans les différentes juridictions.
Les répercussions de cette décision pourraient être considérables. Shopify indique que des millions d’entreprises dans plus de 175 pays utilisent ses systèmes pour gérer leurs boutiques en ligne et leurs magasins physiques.
L’avis ne faisait pas la distinction entre les produits non autorisés et ceux dont la vente est légale. Il ne mentionnait pas non plus les dérogations applicables aux pays où les produits de vapotage réglementés restent légaux.
Les autorités américaines ont pris pour cible les vendeurs en ligne illégaux
Cette décision fait suite à des mois de pressions exercées par une coalition bipartisane regroupant 25 procureurs généraux américains, codirigée par la Californie et la ville de New York.
En novembre 2025, la coalition a appelé Shopify à prendre des mesures plus fermes à l’encontre des commerçants qui utilisent ses services pour vendre des produits du tabac illégaux, en particulier des cigarettes électroniques ne disposant pas d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par la Food and Drug Administration (FDA) américaine.
Les autorités ont recensé 29 sites web consacrés à la cigarette électronique, présumés illégaux, hébergés sur Shopify, et ont fourni des informations sur plus de 200 autres sites connus pour vendre des produits du tabac illégaux. Elles ont précisé que ces listes n’étaient pas exhaustives.
Shopify avait déjà résilié les contrats de certains vendeurs qui lui avaient été signalés par le bureau du procureur général de Californie. La coalition a fait valoir que la suppression ponctuelle de boutiques n’était pas suffisante et a appelé à une approche plus globale.
La réponse de Shopify est finalement allée plus loin que la demande initiale des autorités, puisqu’elle a consisté à interdire l’ensemble de la catégorie de produits plutôt que de limiter cette mesure aux ventes illégales aux États-Unis.
À l’heure actuelle, seuls 45 produits de vapotage bénéficient d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par la FDA et peuvent être vendus légalement aux États-Unis. Cette liste comprend des appareils et des cartouches fabriqués par des entreprises telles que Juul Labs, NJOY et R.J. Reynolds Vapor Company. La FDA souligne que cette autorisation ne signifie pas qu’un produit est sans danger ni qu’il est « approuvé par la FDA ».
« Ce changement contribuera à réduire considérablement la vente de produits à base de nicotine illégaux. Nous continuerons à demander des comptes aux entreprises et à protéger la santé publique », a déclaré M. Bonta.
La répression s’étend aux réseaux de paiement
Les autorités américaines s’attaquent de plus en plus aux infrastructures qui facilitent la vente illégale de cigarettes électroniques, notamment les plateformes en ligne, les prestataires de services de paiement, les entreprises de livraison et les détaillants.
Cette même coalition a fait pression sur les prestataires de paiement pour qu’ils renforcent leurs contrôles. Mastercard a averti ses partenaires que le fait d’autoriser des transactions liées à des cigarettes électroniques illégales pourrait constituer une violation de ses politiques, tandis que le prestataire de services de paiement Fiserv et des distributeurs de carburant, notamment BP, Marathon Petroleum et Valero, ont mis en garde les entreprises américaines contre d’éventuelles sanctions ou la perte de leurs services de traitement des paiements par carte.
Selon Reuters, le marché américain des cigarettes électroniques illégales pourrait représenter au moins 9 milliards de dollars (environ 7,9 milliards d’euros) par an. Ces produits non autorisés restent largement disponibles en ligne, ainsi que dans les supérettes et les stations-service, bien qu’ils ne disposent pas d’autorisation de mise sur le marché délivrée par la FDA.
L’interdiction mondiale s’étend aux marchés réglementés
La portée mondiale de la mesure prise par Shopify signifie que cette politique s’applique également aux pays qui autorisent la vente réglementée de produits de vapotage destinés aux adultes.
Au Royaume-Uni, la vente de produits de vapotage réutilisables est légalement autorisée aux adultes, bien que la vente aux moins de 18 ans soit interdite et que les cigarettes électroniques à usage unique soient interdites depuis juin 2025. Le gouvernement met en place des contrôles plus stricts, notamment une nouvelle taxe sur les produits de vapotage et un système d’agrément pour la vente au détail, tout en maintenant une incitation financière destinée à encourager les fumeurs à abandonner la cigarette.
Shopify n’a pas révélé combien de détaillants de produits de vapotage utilisent sa plateforme, ni combien de boutiques ont été suspendues depuis l’expiration du délai. Suite à cette décision, les entreprises concernées se retrouvent confrontées soit au retrait de leurs gammes de produits de vapotage, soit au transfert de leurs activités en ligne vers un autre prestataire.

