- Deux anciens directeurs de l’OMS estiment que le Royaume-Uni doit continuer à mettre l’accent sur le tabagisme alors que de nouvelles lois sur le tabac et la cigarette électronique entrent en vigueur.
- Dans son commentaire, *The Lancet* se félicite de la distinction opérée par la loi entre le tabac à fumer et les produits nicotiniques à moindre risque.
- Les auteurs mettent en garde contre le fait que des réglementations trop restrictives en matière de vapotage pourraient freiner le passage des adultes à cette pratique ou pousser la demande vers les marchés illicites.
- On dit que des mesures de protection des jeunes sont nécessaires, mais les fumeurs adultes doivent tout de même disposer de moyens concrets pour arrêter de fumer.
Deux anciens directeurs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont mis en garde le Royaume-Uni contre tout affaiblissement du rôle de la cigarette électronique et des autres produits nicotiniques sans fumée dans le cadre de la mise en œuvre de sa nouvelle législation sur le tabac.
Les professeurs Ruth Bonita et Robert Beaglehole, tous deux de l’université d’Auckland, ont lancé cet avertissement dans un nouvel article d’opinion publié dans *The Lancet*, intitulé « Au-delà d’une génération sans tabac : mettre fin au tabagisme en l’espace d’une génération ».
Bonita était auparavant directrice de la surveillance des maladies non transmissibles à l’OMS, tandis que Beaglehole était directeur du Département des maladies chroniques et de la promotion de la santé de l’OMS.
Avertissement concernant la future réglementation sur la cigarette électronique
Leur intervention fait suite à la promulgation de la loi de 2026 sur le tabac et les cigarettes électroniques. Cette loi instaure la politique britannique visant à créer une génération sans tabac en interdisant la vente de tabac à toute personne née le 1er janvier 2009 ou après cette date, tout en conférant aux ministres des pouvoirs en matière d’approvisionnement, de présentation, de promotion et de réglementation des cigarettes électroniques et d’autres produits.
Bonita et Beaglehole ont déclaré que l’approche du Royaume-Uni se distinguait par le fait qu’elle « continuait à mettre l’accent principalement sur le tabagisme et à établir une distinction entre le tabac combustible et les produits nicotiniques à moindre risque ».
Ils ont toutefois souligné que les futures réglementations devaient veiller à ne pas dissuader les adultes fumeurs de se tourner vers des alternatives présentant moins de risques.
Ils ont écrit qu’il était important de prévenir le tabagisme chez les jeunes, mais ont précisé que les lois visant à créer une génération sans tabac empêchaient principalement l’initiation au tabac chez les générations futures. Sans mesures plus énergiques pour réduire le tabagisme chez les adultes, ont-ils ajouté, les effets sur les maladies, les décès et la pression exercée sur le système de santé ne se feront sentir qu’à plus long terme.
Les auteurs ont déclaré : « Les gens fument pour la nicotine, mais c’est la fumée qui les tue. »
La réduction des risques ne doit pas être mise de côté
Ils ont fait valoir que la réduction des risques liés au tabac devait être considérée comme faisant partie intégrante de la lutte antitabac, au même titre que la réduction de la demande et celle de l’offre. La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac inclut la réduction des risques dans sa définition de la lutte antitabac, mais Bonita et Beaglehole ont indiqué qu’il s’agissait toujours du volet le moins développé de la politique mondiale en la matière.
Selon ce commentaire, les produits nicotiniques sans fumée sont désormais utilisés par des millions de personnes à travers le monde, et les données démontrant leur moindre risque par rapport au tabagisme, ainsi que leur rôle dans l’aide à l’arrêt du tabac chez les adultes, se sont renforcées au cours de la dernière décennie.
Il a également mis en garde contre les politiques qui rendent l’accès aux alternatives présentant moins de risques trop difficile. Les auteurs ont indiqué que l’interdiction, qu’elle soit directe ou indirecte, risquait de faire des cigarettes le principal produit nicotinique légal ou de « détourner la demande vers les marchés illicites ».
Protection des mineurs et changement de statut d’adulte
Dans le même temps, ils n’ont pas plaidé en faveur d’un marché de la cigarette électronique non réglementé. Le journal a indiqué que les préoccupations concernant la consommation de cigarettes électroniques chez les jeunes, la publicité trompeuse, la mauvaise qualité des produits et l’influence de l’industrie du tabac sont légitimes.
Les auteurs ont cité la Nouvelle-Zélande comme un exemple illustrant à la fois les opportunités et les risques. Ils ont indiqué que la consommation quotidienne de tabac chez les adultes avait diminué progressivement dans le cadre des mesures classiques de lutte contre le tabagisme, mais que le rythme de cette baisse avait été multiplié par quatre environ au cours des années où cette tendance a été la plus marquée, après que les cigarettes électroniques se sont largement démocratisées.
Toutefois, ils ont également indiqué que le marketing incontrôlé et la faiblesse de la réglementation sur les produits avaient contribué à la pratique du vapotage chez les jeunes avant que la Nouvelle-Zélande ne renforce sa réglementation en 2020.
Ils privilégient une réglementation plus stricte et proportionnée. Ils ont appelé à une « réglementation proportionnée au risque », à une communication plus claire sur le risque relatif et à une surveillance renforcée du marché.
Ils ont également déclaré que ces mesures de protection devaient préserver les jeunes et les non-fumeurs, empêcher toute publicité trompeuse, protéger les politiques publiques contre toute ingérence de l’industrie du tabac et contribuer à l’objectif plus large visant à faire cesser de fumer les personnes les plus exposées au risque.
Selon ce commentaire, plus de sept millions de personnes meurent chaque année des suites du tabagisme, principalement en raison de la consommation de tabac, et plus de 80 % des 1,3 milliard de consommateurs de tabac dans le monde vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.
Bonita et Beaglehole ont déclaré que pour mettre fin au tabagisme en l’espace d’une génération, il faudrait prendre des mesures tant auprès des adultes que des jeunes.
« La prévention du tabagisme chez les jeunes reste essentielle, mais elle ne doit pas détourner l’attention de la tâche urgente qui consiste à réduire les risques chez les personnes déjà exposées au tabac combustible », ont-ils écrit.
Les auteurs ont déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêts.

