Au cours de l’été, la Commission européenne a mené non pas une, mais deux consultations afin de recueillir des informations pour sa révision de la directive sur les produits du tabac (TPD), la première étant un appel à contributions qui s’est achevé en juin 15, et l’autre étant un questionnaire resté ouvert jusqu’en août 14. Les fonctionnaires de la Commission traitent désormais les résultats des consultations afin de les intégrer à leur analyse d’impact plus large, qui orientera les prochaines étapes de leur projet de révision de la directive.

Le questionnaire a suscité de vives critiques de la part de la communauté de la réduction des risques liés au tabac, car il tentait de confondre les produits alternatifs à base de nicotine avec le tabac, classait les jeunes parmi les personnes âgées de 10 à 24, et a été intentionnellement conçu pour être « impossible par nature » afin d’empêcher une mesure équitable des attitudes du public. Contrairement aux précédentes consultations de l’UE, qui ont surtout attiré des réponses d’intérêts particuliers, d’associations professionnelles et d’ONG, ces deux exercices de consultation ont suscité une énorme réaction en dehors de la bulle bruxelloise, 95% des contributions provenant directement de citoyens.

Graphique montrant que les citoyens de l’UE représentent 85,57% et les citoyens non européens 9,87% des répondants à la consultation.
Répondants à la consultation publique de la Commission européenne, par catégorie. — European Commission / Have Your Say

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L’appel à contributions a reçu plus de 82000 contributions, dont les réponses s’opposaient très majoritairement aux précédentes propositions de la Commission visant à restreindre les produits de réduction des risques liés au tabac (cigarettes électroniques, sachets de nicotine, snus …), tandis que la consultation a recueilli plus de 41000 réponses valides au questionnaire. Moins de 5% des réponses provenant des parties prenantes habituelles de la politique de l’UE, ces retours offrent à la Commission européenne une excellente occasion d’entendre réellement ce que plus de 120000 Européens pensent de la réglementation qu’elle propose et de recueillir un grand nombre d’expériences vécues authentiques de la part de personnes principalement soucieuses de conserver un accès continu aux produits de réduction des risques liés au tabac.

Les militants cherchent souvent à souligner la valeur des expériences vécues pour cadrer un débat politique, en particulier sur des sujets tels que les pesticides ou les aliments ultra-transformés. Ils privilégient généralement la voie des expériences vécues parce qu’ils manquent de données ou de preuves scientifiques. Dans le cas de la réduction des risques liés au tabac, toutefois, les défenseurs de la nicotine disposent de données, de preuves scientifiques et d’une armée de témoins vivants heureux de partager leur expérience du combat pour arrêter de fumer et retrouver leur santé. Des personnes (comme moi) ont des récits personnels à raconter et feraient l’effort laborieux de créer un compte auprès de la Commission européenne pour partager leurs expériences vécues … par dizaines de milliers.

Une consultation sourde ?

Je ne saurais exprimer à quel point je suis offensé lorsque j’entends des responsables européens reprendre les affirmations de militants opposés à la réduction des risques selon lesquelles le grand nombre de participants aux consultations de l’UE sur le tabac et la nicotine ne servent que de relais à l’industrie du tabac. Dans leur monde protégé, ils semblent incapables d’imaginer que ces personnes puissent avoir leurs propres opinions (positives) sur les produits alternatifs à base de nicotine.

Une immense majorité de ces personnes a fait l’effort de créer des comptes personnels sur le site de consultation de l’UE, de passer les procédures de vérification de sécurité afin de pouvoir partager leurs expériences vécues dans l’espoir que d’autres fumeurs puissent continuer à disposer d’outils tels que les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine pour retrouver leur santé et vivre plus longtemps. Ce ne sont pas les agents d’une quelconque force mythique de lobbying industriel. S’il y a bien une chose, c’est qu’un grand nombre d’anciens fumeurs méprisent l’industrie du tabac pour leur dépendance. Quels bâtards sans cœur chercheraient à dénigrer la valeur de leurs récits parce qu’ils ne correspondent pas à leur programme politique ?

L’objectif même d’une consultation de l’Union européenne est d’informer les décideurs politiques de positions dont ils n’ont peut-être pas connaissance. Elle est devenue un élément clé de la stratégie de dialogue de l’UE avec les parties prenantes, énoncée dans le 2001 Livre blanc sur la gouvernance européenne pour remédier au problème selon lequel Bruxelles était déconnectée. Ce processus de consultation ne porte pas seulement sur une réglementation relative à une stratégie de réduction des risques ; il constitue un indicateur permettant de déterminer si l’Union européenne peut être à l’écoute des intérêts des citoyens européens.

Plus de 120000 citoyens se sont exprimés, principalement sur les outils de réduction des risques liés au tabac, mais les responsables ne semblent pas vouloir les écouter. Nous voyons au contraire la Commission européenne jouer avec le processus de consultation, en tentant de manipuler les questionnaires pour restreindre et orienter les réponses, en assimilant le tabac à des alternatives à la nicotine plus sûres, en proposant des catégories d’âge irréalistes et en refusant d’accepter la valeur de la réduction des risques dans une stratégie de santé aussi essentielle. Toute personne ayant une expérience de la gestion des politiques de santé devrait avoir honte d’une telle prestation.

Puisque la Commission européenne ne respectera probablement pas la valeur de telles expériences vécues en matière de réduction des risques liés au tabac, j’ai pensé qu’il pourrait être utile de partager certaines contributions afin de souligner combien il est important que ces voix soient prises en compte si les régulateurs de l’UE veulent élaborer une politique rationnelle sur le tabac et la nicotine, équitable pour les consommateurs et favorable à la santé publique. Je n’ai pas pu lire toutes les contributions, mais j’en ai sélectionné un nombre appréciable (présentées à la fin de l’article), suffisant pour discerner les tendances et les principaux arguments que les Européens ont pris le temps d’exprimer.

L’objectif même d’une consultation de l’Union européenne est d’informer les décideurs politiques de positions dont ils n’ont peut-être pas connaissance.

David Zaruk

Une sélection de vies réelles et d’expériences authentiques

Lire des pages de contributions peut être une étrange façon de passer un dimanche après-midi, mais j’ai été impressionné par la profondeur des points de vue et des propositions. Si j’aimerais croire avoir entendu la plupart des arguments concernant la réduction des risques liés au tabac, je serai le premier à admettre avoir appris bon nombre de choses grâce aux commentaires soumis lors des consultations. Espérons que les responsables de la Commission européenne aborderont cet exercice avec le même esprit ouvert.

La sélection de contributions est divisée en deux groupes : les expériences vécues de personnes qui ont finalement réussi à arrêter de fumer grâce aux cigarettes électroniques ; et les propriétaires de boutiques de vapotage et de bureaux de tabac préoccupés par les effets sur leur activité et par la montée des marchés noirs. J’ai reproduit certaines des contributions les plus intéressantes à la fin de cet article, mais j’intégrerai leurs idées dans l’évaluation générale qui suit.

D’anciens fumeurs grâce au vapotage

Les personnes qui ont réussi à arrêter de fumer sont généralement très disposées à partager leurs expériences. L’appel à contributions leur a permis de raconter leur histoire et de saisir l’occasion d’aider les régulateurs à comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Une chose qui, selon elles, ne fonctionnait systématiquement pas était les outils pharmaceutiques de sevrage tabagique (patchs à la nicotine, gommes à mâcher, pastilles à la nicotine…), ajoutant que ce n’est que lorsqu’elles ont découvert les cigarettes électroniques qu’elles ont pu arrêter (avec une facilité comparable). Pascale, de France, a expliqué comment, avant le vapotage, chaque fois qu’elle tentait d’arrêter avec des produits pharmaceutiques de sevrage, elle «prenait du poids, souffrait de troubles digestifs et, surtout, tombait dans une dépression — une grave dépression ». Renoncer à une addiction est un défi que seul l’addict peut mesurer ; les conseils de personnes comme Pascale, qui se battent chaque jour pour leur santé, devraient donc être respectés.

Les personnes qui arrêtent de fumer grâce au vapotage estiment en grande partie que la diversité des arômes est essentielle pour les empêcher de retomber dans la cigarette. L’une des idées que la Commission européenne envisage est de limiter les cigarettes électroniques aux seuls arômes de tabac ou d’imposer des interdictions totales des arômes. Thierry, en France, déclare : «il est assez difficile d’oublier le tabac et de rompre définitivement quand on a constamment ce goût dans la bouche. »

Panagiotis, en Grèce, trouve ridicule toute proposition d’interdiction des arômes : «Comme tous les nouveaux vapoteurs, j’ai commencé par utiliser des e-liquides aromatisés au tabac. Quelques mois plus tard, je suis passé aux arômes de fruits parce que je n’aimais plus l’odeur des cigarettes — même l’odeur associée au vapotage. Si la législation que vous préparez restreint effectivement les arômes autres que le tabac, que proposez-vous exactement ? Que nous retournions fumer des cigarettes ou que nous recherchions des produits sur le marché noir ? »

Je soupçonne que de nombreuses personnes comme Panagiotis n’hésiteraient pas à se tourner vers les marchés illicites si l’ignorance venait à prévaloir dans la réglementation TPD.

il est assez difficile d’oublier le tabac et de rompre définitivement quand on a constamment ce goût dans la bouche.

Thierry, répondant à la consultation (France) · Tobacco products and tobacco advertising — revision of EU rules: call for evidence

Les vapoteurs s’inquiètent également des limites proposées concernant les taux de nicotine. Pascale, en France, survivante d’un cancer, a averti : «J’utilise toujours 20 mg, et si je devais réduire ce niveau, je recommencerais à fumer. » Un ancien fumeur français anonyme a expliqué la logique de limites plus élevées : «Comme pour toute drogue, un sevrage en douceur vaut mieux qu’un sevrage brutal. La nicotine — correctement dosée et progressivement réduite jusqu’à zéro — m’a énormément aidé dans mon parcours pour arrêter de fumer. Si j’avais été limité à des plafonds plus bas, je n’aurais probablement jamais arrêté de fumer des cigarettes.» Panagiotis a ajouté qu’aux États-Unis, les taux de nicotine ont été 2,5 times plus élevés que les limites européennes actuelles et qu’aucun effet indésirable n’a été constaté.

De nombreuses contributions ont remis en question la stratégie de la Commission européenne consistant à regrouper les produits de réduction des risques liés au tabac avec le tabac. S’il est admis que la publicité pour le tabac devrait être interdite, les fumeurs doivent pouvoir être informés de la manière dont le vapotage ou les sachets de nicotine peuvent les aider efficacement à arrêter. Et personne n’a considéré comme légitimes les restrictions concernant le vapotage dans les espaces publics ou les affirmations selon lesquelles la vapeur secondaire présenterait des risques. Il était intéressant d’apprendre que certains vapoteurs se sentent ridiculisés dans les espaces fumeurs des aéroports (où ils doivent subir la fumée secondaire du tabac).

Sébastien, de France, a peut-être formulé le commentaire le plus frappant sur les risques de l’orientation réglementaire actuelle de la Commission européenne. Augmenter les taxes ou imposer des restrictions sur les arômes ou les taux de nicotine, le tout au nom de la protection des jeunes, revient selon lui à condamner des millions de fumeurs à une mort prématurée. Il suffit de faire appliquer l’interdiction du vapotage pour les jeunes, et il est honteux que l’UE ne se concentre pas sur le sauvetage de vies. Cette réglementation ne concerne pas simplement les produits du tabac, elle concerne la confiance dans le projet européen. Sébastien demande : «Pensez-vous qu’avec ce type d’approche … les citoyens continueront longtemps encore à croire en l’Europe ou à soutenir le projet européen ? Je suis pro-européen, mais vu la tournure que prennent les choses, ce n’est plus tenable.»

Il ne devrait pas être surprenant que les partis politiques extrémistes anti-UE s’opposent à la révision de la TPD et promettent de geler les hausses de taxes sur la nicotine. Si Bruxelles ne parvient pas à élaborer correctement cette politique, une part assez importante de la population perdra sa foi et sa confiance dans les régulateurs de l’UE. Ce processus ne consiste pas à donner carte blanche aux zélotes de la santé ; il place la crédibilité de l’Union européenne sous la loupe.

Préoccupations des boutiques de vapotage

L’un des points fréquemment mentionnés dans les expériences vécues de ceux qui ont pu arrêter de fumer grâce aux cigarettes électroniques est qu’ils se sont appuyés sur d’excellents conseils. Ceux-ci étaient le plus souvent fournis par les propriétaires de boutiques de vapotage (les médecins étant encouragés à prescrire des solutions pharmaceutiques), qui sont généralement d’anciens fumeurs passionnés. En tant que premier point de contact pour les fumeurs qui tentent d’arrêter, les propriétaires de boutiques de vapotage ne sont pas seulement une source de connaissances générales, mais peuvent mettre le fumeur sur un programme comportant des limites de dosage de nicotine et des arômes adaptés à l’objectif du consommateur. Il ne faut pas oublier que les propriétaires de boutiques de vapotage sont souvent la cible des propositions réglementaires les plus sévères. Ils avaient effectivement quelques observations à faire dans le cadre de cette consultation.

Damiano, d’Italie, n’a pas eu besoin de citer les affrontements de rue entre réseaux de contrebande rivaux en Australie qui se disputent le marché illicite de la contrebande. Il a fait appel au bon sens pour avertir la Commission européenne que «les réglementations proposées concernant les produits du tabac ne feront que nuire à la chaîne d’approvisionnement légale du secteur en limitant le choix des consommateurs et en les orientant vers des produits non réglementés, faciles à obtenir par l’intermédiaire de plateformes en ligne ou de vendeurs illégaux — en particulier s’agissant de produits innovants qui sont sans aucun doute moins nocifs que les cigarettes traditionnelles.»

Unipetrol, en Tchéquie, est un point de vente de produits du tabac et de produits alternatifs à base de nicotine. L’entreprise craint que la réglementation proposée ne protège pas suffisamment les circuits de vente légaux et contrôlés. Elle déclare : Du point de vue du commerce de détail, la manière dont toute révision se traduira dans l’assortiment de produits, l’emballage, l’exposition des produits, les obligations d’information et la communication marketing au point de vente sera cruciale. ... Une réglementation excessivement complexe ou difficile à faire respecter pourrait entraîner le déplacement d’une partie de la demande hors du circuit de distribution habituel, ce qui pourrait compromettre tant la protection des consommateurs que l’efficacité de la surveillance du marché.

L’histoire montre suffisamment que des politiques excessivement restrictives, fondées sur l’interdiction, ne favoriseront pas la santé publique, ne protégeront pas les consommateurs, ne permettront pas de suivre les tendances du marché ni de percevoir des recettes publiques. Elles créeront toutefois un marché florissant pour la criminalité organisée. Cent ans après l’échec de la grande Prohibition américaine, les parties intéressées disposent de moyens d’accès, de communication et de distribution bien plus efficaces pour contourner des réglementations irrationnelles.

Pourquoi la Commission européenne ignorerait-elle l’histoire, le bon sens et des mécanismes de marché bien établis ?

Le Radykalne Centrum, en Pologne, conclut que la Commission européenne ne comprend pas suffisamment comment ses politiques affectent les PME. La directive sur les produits du tabac, en particulier, «souffre d’une lacune analytique concernant les aspects microéconomiques». Ils déclarent : «Porter atteinte à la stabilité de ces entités par des réglementations insuffisamment justifiées menace la survie de certaines chaînes de valeur locales. Contrairement aux grandes entreprises, les PME ne disposent pas des réserves financières nécessaires pour absorber de telles perturbations profondes du marché. En outre, les obstacles réglementaires affectent la compétitivité et la stabilité financière des PME. Les PME de l’UE évoluent actuellement dans un contexte de forte hausse des coûts fixes (due à la crise énergétique, à l’inflation et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement). L’introduction de restrictions supplémentaires impose aux petites entreprises des coûts de mise en conformité disproportionnellement élevés.»

Non seulement la réglementation proposée par la Commission européenne va encourager les marchés noirs et la criminalité organisée, mais elle va également affaiblir le seul secteur sur lequel elle devrait s’appuyer pour la surveillance du marché, la protection des consommateurs, la perception des recettes et le contrôle du respect de l’âge minimum chez les jeunes. Comment ça s’écrit, « stupide » ?

Au vu du niveau et de la qualité de la participation et des conseils des citoyens recueillis lors de ces deux consultations sur la directive relative aux produits du tabac, on peut sans risque affirmer que la Commission européenne a beaucoup à apprendre sur la valeur de la réduction des risques liés au tabac.

L’expérience d’apprentissage de l’UE

Aucune des contributions que j’avais lues dans le cadre des consultations ne parlait positivement du tabac ou du fait de fumer, en dehors du secteur agricole, et personne ne s’opposait à l’imposition de contrôles stricts sur le vapotage des jeunes. Mais il semble largement admis parmi les contributeurs que si la Commission européenne allait au bout des ambitions réglementaires prohibitives et de précaution qu’elle défend contre les produits alternatifs à base de nicotine, elle soutiendrait alors l’industrie du tabac, et que l’augmentation du commerce illicite et des marchés noirs rendrait beaucoup plus difficile la protection des jeunes.

Les militants de la santé qui font campagne contre les produits de réduction des risques liés au tabac, tels que les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine, ne disposent pas de preuves ni de publications scientifiques crédibles pour étayer leurs affirmations. Ils ne bénéficient pas non plus d’expériences vécues qu’ils pourraient utiliser pour influencer les débats politiques. Comme Clive Bates l’a récemment déclaré, ils sont des parties prenantes sans intérêt en jeu.

Sans aucune base scientifique, sans expériences vécues et sans bon sens, que possèdent ces militants ?

De l’argent… et beaucoup. Michael Bloomberg a contribué $2000000000 ($1600000000 déjà versés et $400000000 promis) à contrôler le débat et, littéralement, finance l’ensemble de la mise en œuvre des politiques de lutte contre le tabac de l’WHO / MPOWER. Ainsi, tant que le robinet du financement reste grand ouvert et que des experts en communication peuvent mener des campagnes coûteuses pour tenter de discréditer les expériences vécues, les 120000 appels au bon sens ne seront pas entendus à Bruxelles.

J’estime que les répondants à la consultation sont bien plus raisonnables et mieux informés que l’actuel commissaire européen à la santé chargé de ce dossier, qui semble, d’une manière ou d’une autre, croire que les outils de réduction des risques liés au tabac, tels que les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine, sont aussi dangereux, voire plus, que le tabagisme. Le commissaire Várhelyi a affirmé qu’il mettait en œuvre les engagements de l’UE en tant que membre de la WHO et signataire de la Convention-cadre pour la lutte antitabac. Cela exclut alors toute influence des contributeurs à la consultation, car le commissaire européen se sent obligé de s’incliner devant Michael Bloomberg.

La Commission européenne doit filtrer les dizaines de milliers de messages fondés sur les expériences vécues du public européen, des consommateurs et des commerçants, puis les distiller en une politique rationnelle. Cela aboutirait à une réglementation bien plus efficace au service du public européen que d’accorder à un groupe d’activistes un budget pour produire un rapport-cadre politiquement souhaité, conçu pour être transposé en réglementation. Compte tenu des réactions passées des zélotes de la santé anti-industrie, j’ai très peu confiance dans le fait que la DG Santé respecte réellement le processus de consultation européen ou la voix des citoyens européens.

La santé publique européenne en pâtira, davantage de personnes continueront à fumer, la criminalité organisée en bénéficiera et le public restera encore plus confus au sujet des outils de réduction des risques liés au tabac (ou écœuré par le projet européen, étant donné que les voix du bon sens et de l’expérience vécue ont été complètement ignorées). Mais le commissaire européen à la santé pourra entrer à la WHO à Genève la tête haute... alors quelque chose de positif sortira de cette réglementation ridicule.

Extraits des consultations de l’UE

Voici quelques-unes des milliers d’expériences vécues communiquées dans le cadre de l’appel à contributions de la Commission européenne afin d’éclairer ses délibérations politiques.

Expériences d’anciens fumeurs

Pascale (France)

J’ai 57 years ; j’ai eu un cancer du sein en 2018, suivi d’un cancer du poumon en 2020. J’ai décidé d’arrêter de fumer immédiatement après mon premier diagnostic de cancer. Un médecin m’a recommandé les cigarettes électroniques, et elles m’ont sauvée. Par le passé, chaque fois que j’essayais d’arrêter — à l’aide de patchs, de pastilles ou d’autres substituts nicotiniques — je prenais du poids, souffrais de problèmes digestifs et, surtout, sombrais dans une dépression — une grave dépression. Je peux honnêtement dire que, dès que j’ai commencé à utiliser ma cigarette électronique, je n’ai plus jamais fumé. Ma guérison a été rendue possible grâce à cela — et grâce au fait que j’ai été accompagnée et conseillée par des vendeurs réputés qui se souciaient véritablement de faire en sorte que cela fonctionne pour moi. Je vous en supplie : ne tuez pas le vapotage. N’abaissez pas les niveaux de nicotine et ne restreignez pas les arômes. J’utilise toujours 20 mg, et si je devais réduire ce niveau, je recommencerais à fumer.

Thierry (France)

J’ai essayé pratiquement toutes les aides à l’arrêt du tabac disponibles sur le marché et, malgré des dizaines de tentatives, je ne suis jamais parvenu à arrêter la cigarette. Puis j’ai découvert le vapotage et j’ai enfin réussi à arrêter en quelques mois (même s’il m’a fallu du temps pour trouver le matériel et les arômes qui me convenaient). J’écris aujourd’hui pour souligner l’importance des arômes. Au début, j’avais du mal à arrêter avec des e-liquides au goût de tabac, car ils ne permettaient pas une rupture nette avec le tabagisme. À l’inverse, les arômes fruités ou de desserts apportent non seulement un élément de plaisir qui aide à détourner l’esprit des cigarettes, mais facilitent aussi une transition plus rapide loin de son ancienne vie de fumeur. Après tout, il est assez difficile d’oublier le tabac et de rompre définitivement quand on a constamment ce goût dans la bouche. Veuillez comprendre que les arômes jouent un rôle crucial dans la réussite des cigarettes électroniques.

Anonyme (Espagne)

Je ne suis ni médecin ni expert. Je suis simplement une personne qui a fumé pendant plus de quinze ans et a essayé d’arrêter de nombreuses fois sans succès. Je souffre d’anxiété et, même si je sais que fumer ne la soigne en aucune façon, le tabagisme a toujours été pour moi étroitement lié à la gestion des moments de stress. J’ai essayé les patchs, les gommes à mâcher, l’arrêt brutal. J’ai tenu quelque temps, puis j’ai recommencé à fumer. Chaque rechute me faisait me sentir plus mal, car j’avais l’impression que tout le monde pouvait arrêter sauf moi. Il y a quelques années, je suis passée aux cigarettes électroniques. Non pas parce que je pensais que c’était sain, mais parce que j’en avais assez de tousser, de sentir le tabac et d’avoir l’impression de n’avoir aucune alternative. Je n’ai plus fumé de cigarettes depuis. Est-ce que j’aimerais ne dépendre de rien ? Bien sûr. Mais si je suis honnête, je pense que si la cigarette électronique n’avait pas existé, je fumerais encore aujourd’hui. Et je sais que je ne suis pas la seule.

Anonyme (France)

Arrêter de fumer est un combat. Au-delà des raisons superficielles qui nous poussent initialement à commencer, il existe souvent des raisons plus profondes qui nous maintiennent dans la dépendance. Le vapotage m’a sauvé la vie. J’ai retrouvé ma capacité pulmonaire et mon énergie, et les périodes où je me demandais « Qui suis-je sans cigarette ? Comment vivre sans elle ? » ont presque entièrement disparu. Bien sûr, le tabagisme comporte un aspect psychologique majeur. Le vapotage n’est qu’une béquille. Mais quelle béquille ! Les patchs et les programmes de sevrage tabagique ne m’ont jamais aidé à arrêter plus de trois semaines, alors que grâce au vapotage, je n’ai pas touché une cigarette depuis six ans. Ce n’est pas une solution parfaite, naturellement, mais aujourd’hui — grâce aux saveurs fruitées — je vapote sans nicotine et n’ai aucune envie de revenir aux cigarettes. Cette seule idée me dégoûte même. Il reste bien sûr à arrêter le vapotage lui-même, mais cela dépend entièrement de moi. Enfin, de moi — et des traumatismes que j’ai vécus, ainsi que des politiques de soutien à l’industrie du tabac qui étaient en vigueur lorsque j’avais treize ans. N’interdisez pas et ne réduisez pas les niveaux de nicotine dans les produits de vapotage. Comme pour toute drogue, un sevrage progressif vaut mieux qu’un sevrage brutal. La nicotine — correctement dosée et progressivement réduite jusqu’à zéro — m’a énormément aidé dans mon parcours pour arrêter de fumer. Si j’avais été limité à des seuils inférieurs, je n’aurais probablement jamais arrêté de fumer des cigarettes. N’interdisez pas les saveurs fruitées ou autres que le tabac ; cela empêcherait la tranche d’âge des 30 à 80 ans d’arrêter de fumer. Quitter l’univers du tabac tout en conservant le plaisir de la « fumée » et du « hit en gorge » permet une transition progressive vers une vie sans tabac ni vapotage.

Panagiotis (Grèce)

Est-il même possible de soulever la question du vapotage passif ? Et dans des espaces extérieurs, qui plus est ? S’agit-il d’une nouvelle forme d’absurdité ? Éclairez-nous, nous les vapoteurs : qu’arrive-t-il exactement à quelqu’un ? Car ma femme, qui souffre d’asthme chronique, ne ressent absolument aucun inconfort lorsque je vapote au lit juste à côté d’elle dans une petite chambre. J’ai été fumeur pendant 13 years, ayant commencé lorsque j’étais étudiant à l’université. Lorsque j’ai décidé d’arrêter, je suis allé dans une boutique de vapotage et j’ai arrêté de fumer ce jour-là même. Cela fait maintenant cinq ans que je ne fume plus, et ma vie en a véritablement bénéficié. Tout Européen assez insensé pour proposer d’abaisser la concentration maximale de nicotine devrait interroger la FDA aux États-Unis ; là-bas, des liquides de vapotage avec des taux autour de 50mg/ml sont utilisés depuis 15 years sans aucun incident indésirable. Ainsi, aux États-Unis — où la limite est 2,5 times plus élevée qu’en Europe — il ne se passe rien, alors qu’ici, en Europe, nous voyons des « dangers » fantômes là où il n’existe ni probabilité ni possibilité de préjudice au niveau de 20mg/ml ? C’est incroyable ! Alors que la Commission reconnaît que les taux de tabagisme en Europe ont diminué depuis l’introduction de la directive TPD2, elle fait preuve d’une hypocrisie incroyable en n’attribuant même pas 1% de cette réduction au vapotage et aux autres alternatives au tabagisme. Avec 15 millions d’Européens recensés comme vapoteurs, il s’agit d’un cas d’hypocrisie tragique. Félicitations, l’Europe ! Comme tous les nouveaux vapoteurs, j’ai commencé avec des e-liquides goût tabac. Quelques mois plus tard, je suis passé aux saveurs fruitées parce que je n’aimais plus l’odeur des cigarettes — même l’odeur associée au vapotage. Si la législation que vous envisagez restreint effectivement les saveurs autres que le tabac, que proposez-vous exactement ? Que nous recommencions à fumer des cigarettes ou que nous cherchions des produits au marché noir ?

Sébastien (France)

J’ai arrêté de fumer il y a plus de 13 years grâce au vapotage — avec des taux élevés de nicotine et une variété de saveurs, mais certainement pas le tabac ! 98% des vapoteurs sont comme moi : nous vapotons pour arrêter de fumer. L’idée même de ​​taxer un produit qui aide tant de personnes est scandaleuse. Éliminer les saveurs, réduire l’efficacité et obliger les gens à s’en tenir au goût des cigarettes en imposant l’arôme tabac est tout simplement sadique ! Tout cela pour « protéger les jeunes ». Les protéger de quoi ? En France, les taux de tabagisme chez les jeunes sont en chute libre. Si certains vapotent (au lieu de fumer ou pour arrêter de fumer), ils représentent une infime minorité par rapport aux millions d’adultes concernés ; de plus, la vente de produits de vapotage aux mineurs est déjà interdite — que peut-on faire de plus ? Faire appliquer les lois existantes, peut-être ? Au lieu de sacrifier des millions de vies — car c’est la réalité de la situation, tout simplement. Entraver le vapotage « pour protéger la jeunesse » restreint l’accès pour tous, réduisant ainsi massivement le nombre de tentatives d’arrêt du tabac et d’arrêts effectifs. Cela se traduit par une perte considérable de vies humaines. Pensez-vous qu’avec une telle approche — qui pourrait fort bien être qualifiée de criminelle (ni le vapotage ni la nicotine ne tuent, contrairement aux cigarettes, qui tuent un fumeur sur deux) — les citoyens continueront longtemps à croire en l’Europe ou à soutenir le projet européen ? Je suis pro-européen, mais vu la tournure que prennent les choses, ce n’est plus tenable. Il est inacceptable de causer autant de tort — surtout en pleine connaissance des faits, étant donné que la science concernant les risques relatifs du vapotage par rapport au tabagisme est désormais très solide. C’est honteux — vraiment honteux.

Boutiques de vapotage

Damiano (Italie)

À mon avis, les réglementations proposées concernant les produits du tabac ne feront que nuire à la chaîne d’approvisionnement légale du secteur en limitant le choix des consommateurs et en les orientant vers des produits non réglementés, facilement obtenus par l’intermédiaire de plateformes en ligne ou de vendeurs illégaux — en particulier s’agissant de produits innovants qui sont incontestablement moins nocifs que les cigarettes traditionnelles. Dans un secteur déjà soumis à une forte réglementation, ces nouvelles règles ne serviraient qu’à nuire aux opérateurs légitimes.

Unipetrol (Tchéquie)

Du point de vue du commerce de détail, la manière dont toute révision se traduira en matière d’assortiment de produits, d’emballage, d’exposition des produits, d’obligations d’information et de communication marketing au point de vente sera cruciale. Le rôle des canaux de vente légaux et contrôlés devrait être pris en compte dans l’évaluation d’impact. Une réglementation excessivement complexe ou difficile à faire appliquer peut entraîner le déplacement d’une partie de la demande hors des circuits de distribution traditionnels, ce qui pourrait compromettre à la fois la protection des consommateurs et l’efficacité de la surveillance du marché. Enfin, nous recommandons que la réglementation à venir tienne compte des différences entre les diverses catégories de tabac et de produits connexes. Une approche différenciée et fondée sur des données probantes, tenant compte de la nature et du mode d’utilisation de chaque produit, peut mieux répondre aux objectifs de protection de la santé publique sans imposer de charges inutiles aux ventes au détail légitimes.

Radykalne Centrum (Pologne)

La directive sur les produits du tabac (TPD) ne comporte pas d’évaluation adéquate de son impact socio-économique sur les petites et moyennes entreprises (PME). L’évaluation de la TPD par la Commission souffre d’une lacune analytique concernant les aspects microéconomiques. Elle ne reconnaît pas l’ampleur de ce marché (1,3% du PIB de l’UE) ni les emplois qu’il génère (environ 2 millions dans l’ensemble de l’UE). Les petites exploitations agricoles et les PME locales constituent une part importante du marché. Porter atteinte à la stabilité de ces entités par des réglementations insuffisamment justifiées menace la survie de certaines chaînes de valeur locales. Contrairement aux grandes entreprises, les PME ne disposent pas des réserves financières nécessaires pour absorber des perturbations aussi profondes du marché. En outre, les obstacles réglementaires affectent la compétitivité et la stabilité financière des PME. Les PME de l’UE évoluent actuellement dans un contexte de hausse drastique des coûts fixes, due à la crise énergétique, à l’inflation et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. L’instauration de restrictions supplémentaires impose des coûts de mise en conformité disproportionnellement élevés aux petites entreprises. Si les grandes entreprises peuvent financer des délocalisations et des services juridiques, pour les PME, cela se traduit par une ponction sur le capital d’investissement, une baisse de rentabilité, voire une faillite. Une telle politique réglementaire favorise les entités non européennes et fragilise les fondements de l’entrepreneuriat européen.