- La consommation exclusive de cigarettes a fortement diminué chez les adultes américains qui fumaient des cigarettes ou utilisaient des cigarettes électroniques entre 2014 et 2024.
- La part de la cigarette électronique exclusive est passée de 5,5 % à 39,9 % de la consommation de cigarettes et/ou de cigarettes électroniques au cours de la même période.
- C’est chez les adultes âgés de 18 à 29 ans que cette évolution a été la plus marquée, le pourcentage de fumeurs exclusifs y étant passé de 72,8 % à 7,1 %.
- Chez les adultes âgés de 60 ans et plus, peu de changements ont été observés, le tabagisme exclusif représentant toujours 85,4 % de la consommation de cigarettes et/ou de cigarettes électroniques à la fin de l’année 2024.
Selon une nouvelle analyse des données d’une enquête nationale sur la santé portant sur plus d’une décennie, les adultes américains qui consomment de la nicotine délaissent la cigarette au profit de la cigarette électronique.
Cette étude, publiée dans la revue *Nicotine & Tobacco Research*, a analysé les données trimestrielles issues de l’enquête nationale américaine sur la santé (National Health Interview Survey) entre 2014 et 2024.
Les chercheurs ont constaté que la consommation globale de cigarettes et/ou de cigarettes électroniques n’avait que peu évolué, passant de 17,9 % des adultes américains au premier trimestre 2014 à 16,1 % au dernier trimestre 2024.
Mais derrière ce chiffre global, le type de produit utilisé a radicalement changé.
Parmi les adultes qui consommaient des cigarettes et/ou des cigarettes électroniques, la proportion de ceux qui fumaient exclusivement des cigarettes est passée de 79,7 % au début de l’année 2014 à 49,7 % à la fin de l’année 2024. Au cours de la même période, la proportion de ceux qui utilisaient exclusivement des cigarettes électroniques est passée de 5,5 % à 39,9 %.
Les auteurs ont indiqué que cette tendance reflétait un changement marqué, passant du tabagisme exclusif à la vapotage exclusif, en particulier chez les jeunes adultes.
Ce sont les jeunes adultes qui affichent l’évolution la plus marquée
Cette évolution a été particulièrement marquée chez les adultes âgés de 18 à 29 ans. Dans ce groupe, parmi les personnes qui consommaient des cigarettes et/ou des cigarettes électroniques, la proportion de fumeurs exclusifs a chuté de plus de 90 %, passant de 72,8 % au premier trimestre 2014 à 7,1 % au dernier trimestre 2024.
La consommation exclusive de cigarettes électroniques a suivi une tendance inverse, passant de 8,8 % à 83,0 %.
À la fin de l’année 2024, le comportement le plus courant chez les 18-29 ans ayant consommé l’un ou l’autre de ces produits était la pratique exclusive du vapotage quotidien, qui représentait 47,3 % de l’ensemble des comportements de consommation de cigarettes et/ou de vapotage dans cette tranche d’âge.
Cette évolution a également été observée chez les adultes âgés de 30 à 44 ans et de 45 à 59 ans, bien qu’elle ait été moins marquée.
Chez les adultes âgés de 30 à 44 ans qui consommaient des cigarettes et/ou des cigarettes électroniques, la proportion de fumeurs exclusifs est passée de 77,7 % à 47,2 %. Chez les 45-59 ans, elle est passée de 84,2 % à 71,9 %.
Malgré ces baisses, le tabagisme quotidien exclusif restait le comportement le plus courant dans les deux groupes à la fin de la période d’étude.
Le nombre de fumeurs âgés reste globalement inchangé
La tendance était très différente chez les adultes âgés de 60 ans et plus. Dans ce groupe, le tabagisme exclusif est resté pratiquement inchangé, ne reculant que très légèrement, passant de 85,9 % des consommateurs de cigarettes et/ou de cigarettes électroniques début 2014 à 85,4 % fin 2024.
La consommation exclusive de cigarettes électroniques a légèrement augmenté, passant de 3,8 % à 9,0 %, tandis que la double consommation a reculé, passant de 10,4 % à 5,7 %.
La consommation exclusive quotidienne de tabac représentait 69,0 % de la consommation de cigarettes et/ou de cigarettes électroniques chez les adultes âgés de 60 ans et plus à la fin de l’année 2024, suivie par la consommation exclusive non quotidienne, avec 16,4 %.
Les auteurs ont indiqué que ce groupe d’âge plus avancé restait une priorité, car il est fortement touché par les maladies et les décès liés au tabagisme, mais qu’il n’avait guère évolué en matière d’abandon de la cigarette.
Ils ont suggéré que les perceptions erronées des risques pourraient constituer un facteur possible, en soulignant que les personnes âgées sont plus enclines que les jeunes adultes à penser que les cigarettes électroniques sont au moins aussi nocives que les cigarettes traditionnelles.
Le marché des biens à double usage a repris son essor après 2019
Cette étude s’est également penchée sur la « double consommation », c’est-à-dire le fait pour des adultes de consommer à la fois des cigarettes et des cigarettes électroniques.
L’utilisation mixte a suivi une courbe en U au cours de cette décennie. Elle a d’abord diminué, puis a recommencé à augmenter à partir de 2019 environ.
Malgré tout, l’usage mixte est resté marginal dans le tableau d’ensemble, représentant environ 10 à 15 % des adultes ayant consommé des cigarettes et/ou des cigarettes électroniques au cours de la période étudiée.
Le mode de consommation mixte le plus courant consistait à fumer quotidiennement tout en pratiquant le vapotage de manière occasionnelle.
L’étude n’a pas permis de déterminer si les adultes utilisaient la cigarette électronique comme une étape temporaire pour arrêter de fumer, réduire leur consommation ou simplement l’ajouter à leur consommation habituelle de cigarettes. En effet, l’analyse s’est appuyée sur des données issues d’enquêtes transversales répétées, plutôt que sur un suivi des mêmes personnes au fil du temps.
Toutefois, les auteurs ont noté que la proportion d’utilisateurs à double usage qui fumaient de manière non quotidienne avait augmenté au fil du temps, ce qui, selon eux, pourrait indiquer une certaine tendance à l’abandon du tabagisme quotidien chez une partie de ce groupe.
Ce que l’étude a évalué
Cette analyse s’est appuyée sur les données de 338 405 adultes américains ayant participé à l’Enquête nationale sur la santé (National Health Interview Survey) entre 2014 et 2024, avec une moyenne d’environ 30 000 participants par an.
Les chercheurs ont réparti les adultes en neuf catégories selon qu’ils fumaient tous les jours, fumaient certains jours ou ne fumaient pas, et selon qu’ils utilisaient une cigarette électronique tous les jours, certains jours ou pas du tout.
Cela leur a permis d’aller au-delà de la simple prévalence du tabagisme ou de la cigarette électronique et d’étudier dans quelle mesure ces deux comportements se recoupaient.
Ils ont également analysé les résultats par tranche d’âge : de 18 à 29 ans, de 30 à 44 ans, de 45 à 59 ans et 60 ans et plus.
Les auteurs ont indiqué que cette approche plus détaillée était importante, car le fait de mesurer séparément le tabagisme et le vapotage peut ne pas tenir compte de la substitution entre produits. En d’autres termes, cela peut ne pas permettre de déterminer si les personnes passent d’un produit à un autre.
Conséquences en matière de réduction des risques
La principale conclusion de cette étude est que le tabagisme exclusif a considérablement diminué chez les adultes américains qui consomment des cigarettes ou des cigarettes électroniques, tandis que le vapotage exclusif a augmenté.
Les auteurs ont indiqué que cela pourrait contribuer à réduire les risques pour la population si les adultes remplaçaient les cigarettes combustibles par des produits nicotiniques non combustibles.
Ils ont également fait valoir que le niveau global de consommation de cigarettes et/ou de cigarettes électroniques n’avait pas augmenté au cours de la période étudiée. En revanche, la composition des produits a évolué.
Ce point est essentiel, car une grande partie du débat sur la politique en matière de vapotage porte sur la question de savoir si le vapotage entraîne une nouvelle consommation de nicotine au sein de la population ou s’il remplace le tabagisme. Cette étude met en évidence un effet de substitution chez les adultes, en particulier chez les plus jeunes.
Cet article ne prétend pas que les cigarettes électroniques sont inoffensives. Il souligne que l’équilibre entre l’accès des adultes à des alternatives présentant moins de risques et la prévention de la initiation chez les non-fumeurs reste essentiel.
Limites de l’étude et mentions légales
Les auteurs ont précisé que ces résultats devaient être considérés comme exploratoires, car l’analyse n’avait pas fait l’objet d’un enregistrement préalable.
Cette étude s’est également appuyée sur des données autodéclarées concernant le tabagisme et la consommation de cigarettes électroniques, qui peuvent être sujettes à des biais. Certains comportements moins courants ne concernaient qu’un petit nombre de participants, en particulier lorsqu’ils étaient ventilés par tranche d’âge.
L’analyse n’a pas pris en compte d’autres produits à base de nicotine et de tabac, tels que les sachets de nicotine, en raison de leur faible prévalence dans les données de l’enquête.
L’étude n’a fait état d’aucun financement spécifique pour ces travaux.
Deux des auteurs sont salariés à temps plein chez Pinney Associates, société qui a fourni des services de conseil à Juul Labs sur les produits à base de vapeur de nicotine et qui a également conseillé Philip Morris International sur les procédures réglementaires américaines applicables aux produits nicotiniques non combustibles et sans tabac.
L’article précise qu’aucun des bailleurs de fonds ayant financé les autres travaux des auteurs n’a joué de rôle dans cette étude ni n’en a assuré la supervision.

